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Révolution ou confrontation ? (extraits de "Pour" n°69 de décembre 2000

Donner un sens à sa vie ? de Joël de Rosnay

Un nouveau paradigme de Antonio Dias de Figuereido

Le but, c'est d'apprendre à apprendre de Stella Vosnadiou

Une nouvelle relation enseignants-enseignés ? de Daniel Rallet

Donner un sens à sa vie ?

« Ou l’école s’adapte, ou elle devient une vraie garderie »

Actuel directeur de la stratégie de la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette, Joël de Rosnay a enseigné au prestigieux MIT (Massachussets Institut of Technologie ). Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur les nouvelles technologies.

L’explosion de l’Internet et l’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l’éducation ne vont-elle s pas bouleverser le rôle de l’enseignant ?

Tout comme les courtiers ou les concessionnaires, les enseignants ont aussi des intermédiaires, alors que plusieurs spécialistes ont annoncé qu’Internet ferait disparaître les intermédiaires. Je n’y crois pas. Internet brasse l’information, la rend facilement accessible, mais ne contribue pas directement à l’acquisition des connaissances. L’intelligence, la capacité de faire des liens entre les informations, doivent être développées par le contact humain, par les intermédiaires capables de transmettre cette capacité. Les professeurs doivent avoir une place de choix dans ce domaine car, ou l’école s’adapte, ou elle devient une grande garderie. Je constate avec regret que si l’information enrichit grandement l’environnement des enfants, elle risque d’appauvrir l’environnement traditionnel des écoles.

Le rôle de l’enseignant n’est plus d’être le détenteur des savoirs et le surveillant de la discipline scolaire, mais le guide, le passeur, le médiateur qui va aider à acquérir des méthodes, des savoir-faire d’intégration. Je parle d’intégrer des informations reçues par les médias, l’école ou l’Internet, dans sa vie personnelle et professionnelle, de manière à donner un sens à sa vie.

Donner un sens à sa vie ?

Oui, c’est en cela que le rôle de l’enseignant et le rôle de la classe est essentiels :

L’enseignant, comme médiateur et intégrateur des connaissances, comme passeur pour initier dans les réseaux de plus en plus complexes des savoirs, et la classe, comme lieu de socialisation, de coéducation et d’intégration des cultures, irremplaçable par le monde virtuel de l’électronique. (...)

Joël de Rosnay

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Un nouveau paradigme

Antonio Dias de Figuereido est professeur d’informatique à l’université Coimbra au Portugal. Il faut, nous dit-il « un nouveau paradigme ». Il ne sert à rien de critiquer les différents acteurs, car les problèmes de l’éducation « n’ont rien à voir avec les acteurs, mais avec le système. L’apprentissage doit être un procès de construction et non d’acquisition. »

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Le but, c'est d'apprendre à apprendre

Stella Vosnadiou et la façon d’enseigner.

Stella Vosnadiou est directrice du département de psychologie cognitive de l’université d’Athènes.

Constatant le « manque de motivation des étudiants face à des savoirs inertes » elle souligne d’abord, de ce point de vue, le réel potentiel des nouvelles technologiques pour les jeunes qui apprécient le contexte des TICE : la visualisation est un outil très important, mais aussi la possibilité de contrôler, via Internet, les informations. A partir de là elle développe en quoi cela devrait changer radicalement la façon d’enseigner. Reprenant l’idée que les enseignants apprennent à « transférer des connaissances alors que le but des NTE c’est d’apprendre à apprendre » elle en conclut qu’il faut donc non seulement «  dispenser des savoirs mais aussi encadrer les étudiants ». D’où l’importance de leur enseigner des techniques de recherche. Il faut rattacher les contenus au monde extérieur et par ailleurs cela devrait changer aussi l es évaluations des enseignants trop basées sur la « mémorisation ». Soulignant au passage les inégalités en Europe sur le plan des moyens, elle déplore que trop souvent on préfère « inonder les écoles avec des outils, alors qu’il vaudrait mieux former les maîtres et développer les recherches sur ce que cela change ». La technologie n’est qu’un outil, pas un but.

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Une nouvelle relation enseignants-enseignés ?

Aujourd’hui les ordinateurs arrivent massivement dans l’école. C’est un fait majeur dont il faut mesurer l’importance : l’utilisation de l’informatique ca changer d’échelle, passant du petit cercle de passionnés à un usage plus large souvent li é à des innovations pédagogiques. Cela va-t-il entraîner une nouvelle relation entre enseignants et enseignés ?

Les avis divergent. Pour les uns, l’enseignant, déchargé de certaines tâches (mémorisation, répétition, cours magistral) se spécialiserait dans des activités de conception, de coordination, d’encadrement, de suivi. Médiateur plutôt que transmetteur. Ce « ménage à trois » (l’enseignant, l’élève, Internet) risque de brouiller les places de chacun par rapport au savoir. Si l’enseignant n’a plus cette reconnaissance de détenir le savoir, l’élève risque lui aussi de se demander quelle est sa propre place : « Internet serait-il un lieu sans place ? » interroge la philosophe Françoise Parot.

Monique Linar insiste sur le fait que l’enseignement ne se réduit pas à traiter et à diffuser de l’information. « C’est un acte individuel complexe qui se déroule dans la durée à partir des interactions du sujet avec son environnement ». L’apprentissage, ce sont des émotions, des regards, des gestes, des attitudes, aussi bien entre élèves qu’avec l’enseignant. L’enseignement à distance peut à cet égard servir d’exemple : confronté à des taux élevés d’abandon, il cherche systématiquement à resocialiser l’acte d’apprendre par des échanges entre pairs, des visioconférences, des rédactions collectives, un suivi individualisé, ce qui contribue d’ailleurs à en augmenter le coût. Reste que l’absence de rapports immédiats pose problème. Est-il plus facile d’envoyer un mail à son tuteur électronique que d’aller voir l’enseignant à la fin du cours ? Philippe Breton critique ce monde sans rencontre, o^il faut se séparer physiquement pour mieux communiquer (virtuellement).

Enfin, l’usage des TICE exige des compétences complexes et de haut niveau : dans un CDI, l’élève dispose de repères concrets (il y a des livres classés, des revues, des journaux sélectionnés), sur Internet la recherche d’informations est bien plus complexe : le texte à l’écran n’affiche pas sa nature(d’où il vient, qui l’a écrit ?), sa valeur scientifique. Pour le moteur de recherche, tous les textes se valent pourvu qu’ils contiennent le mot clé.

« Naviguer sans se perdre dans un océan d’hypertextes, de documents multimédia n’est pas donné d’emblée à tout le monde » affirme Monique Linard.

« Naviguer » dans une bibliothèque exige déjà un certain capital culturel, mais avec Internet, l’apprenant doit être capable de maîtriser les savoirs en rapport avec l’usage et posséder une capacité permanente d’adaptation à l’innovation technologique. Les TICE exigent donc des prérequis nombreux, ce qui explique leur succès dans le supérieur ou la formation continue des cadres.

Leur diffusion à l’enseignement de masse pose le problème de la réduction des inégalités socioculturelles. C’est à la fois une nécessité pour l’école et un défi qu ‘elle doit relever.

Daniel Ralet

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de masse pose le problème de la réduction des inégalités socioculturelles. C’est à la fois une nécessité pour l’école et un défi qu ‘elle doit relever.

Daniel Ralet

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