La parole pour convaincre

 

 

 

 

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La communication ne se réduit pas au simple schéma émetteur – message – code commun et à la dimension informationnelle.

Peut-on affirmer, dans la mesure où ce n’est pas tout à fait un mythe, que la société de l’information serait par nature une société démocratique ? Deux distinctions sont à faire avant de répondre à cette question.
Compte tenu de l’effet de mode, celui qui n’écouterait que le discours de promotion des nouvelles technologies risquerait de réduire la communication en l’identifiant uniquement au schéma émetteur - message – code commun et à la dimension informationnelle. Or celle-ci est plus large et plus riche. Elle comporte, pour ne prendre que trois registres, la communication expressive (celle du récit, celle de la rhétorique littéraire), la communication informationnelle et la communication argumentative ( la communication pour convaincre).
On constate que ce dernier registre est actuellement le plus en retrait. C’est dommage.

L’ancienne rhétorique argumentative a partie liée avec l’histoire et le développement de la démocratie. Dans la société de l’information d’aujourd’hui, il faut également distinguer les nouvelles technologies du discours d’accompagnement dont elles font l’objet. 
Ce dernier est ancien, il s’articule autour de la promotion de l’information introduite au panthéon des valeurs, ce qui pose un problème du point de vue de l’évaluation.
Dans le même temps, il se substitue au discours politique : les nouvelles technologies deviendraient les opérateurs des changements de société, là où la politique a échoué. Ce discours, qui fonctionne sur le registre de la promesse, est à forte tonalité utopique. La société de communication que l’on nous présente est un modèle de lien social fortement communiquant mais faiblement rencontrant.

Ce discours est épistémologiquement impérialiste. Faisant la promotion quasi-exclusive d’une certaine forme de rationalité informationnelle, il confine la communication expressive dans une espèce de ghetto élitiste et rejette la communication argumentative en arrière de la scène, voire la rend clandestine. Celle-ci ne fait partie d’aucun programme de formation.

Pour autant, le repli sur soi, couramment évoqué, n’est pas propre aux nouvelles technologies. Mieux vaut se garder d’une trop grande nouveauté de ce point de vue. La question s’est posée d’emblée avec l’écriture et la lecture. Nous avons, là, le vieux débat que l’on apprend en classe de philosophie. Socrate nous dit que l’écriture est l’illusion du savoir, que le savoir ne peut que se transmettre que d’une personne à une autre, qu’il ne faut pas donner à l’écriture le rôle de transmission du savoir. Le débat nous renvoie à ce qu’est le savoir.

Le discours d’accompagnement des nouvelles technologies donne une vision informationnelle du savoir et de la connaissance. Il confond information et connaissance. De toutes les inégalités, la plus fondamentale est l’inégalité devant la parole pour convaincre. C’est l’inégalité à réduire prioritairement.

Prenons garde au fait qu’un élève devant un écran est un élève silencieux.

Philippe BRETON dans "L'Enseignant" n° 20 de janvier 2000 (extraits de son intervention lors du congrès du Syndicat des Enseignants à Poitiers (mai 1999)

 
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